Les processus, les chaînes de valeur et les modèles d’affaires industriels sont à l’aube d’une transformation profonde, liée notamment à l’intégration des technologies numériques. Les États interviennent de diverses manières pour accompagner la transition des entreprises industrielles afin que celles-ci restent en pointe ou en profitent pour revenir dans la course.

 

  • Des conceptions diverses et complémentaires de l’industrie du futur :

L’Allemagne a formalisé dès 2011 un concept d’Industrie 4.0, reposant sur la vision d’usines connectées, rendues flexibles et intelligentes grâce à la mise en réseau des machines, des produits et des individus. Les processus peuvent être modélisés à toutes les échelles et les « systèmes cyberphysiques » sont optimisés pour fournir des produits personnalisés pour chaque client au coût d’une production de masse. L’internet des objets permet de suivre la vie et l’usage du produit et d’offrir des services complémentaires inédits.

D’autres technologies, comme la fabrication additive et diverses améliorations des procédés et des matériaux, permettent d’améliorer l’efficacité des processus, de réduire leur impact environnemental et la pénibilité du travail.

Au-delà des aspects technologiques, la diffusion des outils numériques ainsi que la prise en compte des contraintes environnementales et des attentes des salariés comme des autres parties prenantes conduisent à repenser les modes d’organisation, les stratégies et les modèles d’affaires des entreprises.

 

  • Comment les différents pays accompagnent cette transition :

L’Allemagne a rapidement pris conscience de l’impact considérable de la révolution numérique sur le secteur manufacturier et des menaces lourdes qui pesaient sur le leadership de ses industriels spécialisés dans les équipements de production. Engagée dès les années 2000, la réflexion s’est d’abord articulée autour des nouvelles exigences et tendances de consommation, pour ensuite formaliser des solutions technologiques permettant d’y répondre.

Des pays comme la Corée du Sud ou la Chine, dont la base manufacturière est en développement rapide, ont des plans ambitieux de robotisation et de montée en gamme de leurs produits. La Corée est déjà le pays le plus équipé en robots (437 robots par employé de l’industrie en 2013, contre 282 en Allemagne et 125 en France).

Enfin, pour des pays ayant connu un fort déclin de l’industrie comme les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, l’industrie du futur peut être un levier de renouveau et de reconquête.

Les modalités concrètes du soutien des pouvoirs publics reflètent la diversité de ces réalités industrielles nationales et des traditions d’intervention. Là où les États-Unis financent surtout des programmes de recherche, avec une vision très large de l’industrie du futur (fabrication additive, intégration numérique mais aussi nouveaux matériaux), la Chine veut profiter de la digitalisation des process pour se moderniser et accélérer la montée en gamme de ses entreprises manufacturières. Malgré leurs différences, toutes ces politiques s’articulent autour de trois axes principaux : le soutien à l’émergence d’une offre de nouvelles technologies de production, l’aide à la modernisation du tissu productif et l’adaptation du système de formation face à ces mutations.

 

  • Que peut faire la France ?

Dans ce paysage, le programme « Industrie du futur », lancé en 2013 par Arnaud Montebourg et revisité par Emmanuel Macron deux ans plus tard, vise surtout à rattraper le retard d’investissement des industriels français dans leur outil de production. Toutefois, la modernisation ne portera ses fruits que si elle s’articule avec un repositionnement des entreprises. L’industrie du futur relance donc les débats autour de la montée en gamme de l’industrie française et de sa capacité à tirer parti des technologies numériques pour transformer ses modèles d’affaires. Par ailleurs, l’hybridation entre les technologies existantes et les nouvelles technologies numériques laisse entrevoir de belles perspectives pour les fournisseurs hexagonaux de solutions, qu’il s’agisse des grands groupes spécialisés dans les systèmes embarqués et la cybersécurité ou de jeunes entreprises développant leur activité dans l’internet des objets ou le big data. La France devra mobiliser mieux qu’aujourd’hui ses atouts que sont d’une part l’excellence de sa recherche publique, en améliorant la qualité de ses interfaces avec les entreprises, et ses formations d’ingénieurs d’autre part, dont les bénéficiaires sont encore trop peu nombreux à s’orienter vers les PME.

La France a une bonne tradition de gestion des grands programmes et de soutien à l’émergence de nouvelles technologies. Ses grands groupes savent s’approprier ces technologies, mais leur diffusion dans les ETI et surtout les PME est un enjeu essentiel. Un programme national prévoit d’accompagner 2 000 entreprises en trois ans grâce à la mobilisation des régions et des fédérations industrielles. Cela ne représente toutefois qu’une faible part du tissu industriel et il faut espérer que les initiatives et les succès des pionniers encourageront les autres à leur emboîter le pas rapidement.

Le problème majeur reste cependant l’accompagnement des personnes dont la nature du travail va être profondément affectée.

 

  • Essayons de résumer en quelques lignes le concept d’usine du futur et ses grandes applications :

L’Usine du Futur est un concept générique qui s’inscrit dans une prise de conscience générale de l’importance de l’industrie manufacturière dans la richesse nationale. Cette réflexion est destinée à conserver et développer en France et donc en Europe, une activité industrielle forte, innovante, exportatrice, génératrice de richesses et créatrice d’emplois.

L’Usine du Futur est une réponse à plusieurs transitions simultanées : énergétique, écologique, numérique, organisationnelle et sociétale. Chacune de ces transitions fait appel à de nombreuses nouvelles technologies ou modes d’organisation arrivant à maturité, en cours de développement ou à concevoir.

Il s’agit de poursuivre la modernisation de l’outil de production et d’accompagner les entreprises dans la transformation de leurs modèles d’affaires, de leurs organisations, de leurs modes de conception et de commercialisation, dans un monde où les outils numériques font tomber la cloison entre industrie et services.

Le nouveau modèle d’usine est pensé pour être au cœur de son écosystème et répondre aux nouveaux besoins sociétaux :

  • Une usine innovante, compétitive, performante, sûre et attractive,
  • Une usine tournée vers ses clients, capable de garantir la qualité et la traçabilité des produits et de fournir des solutions complètes avec les services associés,
  • Une usine en réseau avec ses fournisseurs et ses clients, capable de recomposer facilement sa chaîne de valeur pour s’adapter aux évolutions du marché et des technologies, tout en développant l’intimité digitale avec ses fournisseurs et ses clients propre à entretenir la confiance et favoriser l’innovation,
  • Une usine agile, disposant de modes de production flexibles et d’outils de production reconfigurables, capable de fournir des produits et services individualisés, durables à des prix compétitifs, en petites et moyennes quantités,
  • Une usine aux lignes de production et logistiques innovantes, performantes, sûres, mises au point en les simulant et en les optimisant dans le monde virtuel,
  • Une usine propre, silencieuse, impliquée dans son écosystème industriel, économe en matières premières et en énergie,
  • Une usine centrée sur l’humain, pour mieux prendre en compte les attentes des collaborateurs tout au long de leur vie active et mieux attirer les talents dont elle a besoin,
  • Une usine qui affranchit, grâce à l’automatisation et la robotique collaborative, l’homme des tâches pénibles ou répétitives pour mettre ses fonctions cognitives au service de la qualité, de l’innovation et du déploiement du changement agile.

 

  • Les domaines d’application de l’usine du futur

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  • Une usine du futur mais pour quels enjeux ?

Entreprendre, c’est prendre des risques en développant de nouvelles idées. Celles-ci se traduisent en nouveaux produits ou services à mettre sur le marché. La réussite dépendra aussi bien du caractère innovant de l’offre nouvelle que de la capacité à proposer celle-ci à des conditions économiques « de marché ».

Entreprendre, c’est aussi, jour après jour, consolider son offre en l’améliorant. Cette amélioration peut porter aussi bien sur la nature de l’offre que sur la manière dont elle est produite. Pour les activités industrielles, l’outil de production dans son écosystème est une composante primordiale.

Au sein de l’écosystème, l’ensemble des règles (obligations, normes…) et facteurs de coûts (niveaux des salaires, taxes…) étant arrêtés, ce qui fait la différence, c’est la manière de faire. Si le client, plus que jamais, conduit l’entreprise, ce sont ses hommes qui la font, en mettant en œuvre les technologies nouvelles. Le citoyen, producteur ou non, s’invite aussi dans ce mouvement en demandant une proximité de son lieu de vie et de travail, en se souciant de l’impact écologique des produits ou des conséquences des processus de fabrication. A la différence d’hier, toutes ces considérations doivent être prises en compte simultanément.

L’Usine du Futur cherche précisément à englober l’ensemble de ces enjeux :

  • 1er enjeu : l’évolution des marchés

Pas d’entreprise sans clients, en France et à l’international, pas de clients sans prendre en compte leurs attentes, les offres alternatives et la valeur de l’offre.

  • 2ième enjeu : l’offre technologique

Pour rendre l’offre compétitive, les systèmes de production connectés permettront de rester au plus près du client ; les nouveaux procédés, les composants intelligents ou mécatroniques et les nouveaux matériaux élargiront l’offre ou la rendront plus compétitive.

  • 3ième enjeu : un nouveau modèle organisationnel

Repenser les processus de fabrication se fera avec une organisation où l’humain au travail sera plus responsable, ou l’organisation sera plus apprenante, plus collaborative.

  • 4ième enjeu : l’environnement devient incontournable

Aujourd’hui, il n’y a plus de production sans prise en compte des aspects environnementaux. L’Usine du Futur non seulement porte son propre impact comme une donnée constituante mais en plus il s’agit de la concevoir avec ce modèle…

  • 5ième enjeu : la dimension sociétale

Enfin, produire en France implique la reconnaissance de la démographie, des compétences et des lieux de vie. L’Usine du Futur est intégrée à la cité.

L’Usine du Futur met l’homme au centre de cette excellence opérationnelle. Au travers de ces 5 enjeux, il s’agit de trouver des solutions pour permettre aux entreprises de rester dans la course économique mondiale. Il faut donc développer productivité, valeur ajoutée et ainsi capacité d’innovation et d’investissement, et in fine compétitivité et profitabilité des entreprises, tout particulièrement des PME.

Chaque entreprise va pouvoir modeler son « usine » en fonction de ses enjeux clients, de ce qu’elle produit, de ses compétences ; chaque équipe pourra définir les conditions qui lui sont propres pour une production renouvelée, innovante et compétitive, source de croissance et d’emploi. Chaque usine est et sera différente. Chaque projet est unique et personnalisé ; chaque entreprise doit pouvoir, en fonction de sa taille, sélectionner ses pistes d’actions.

 

Il s’agit d’un article annonciateur d’un livre blanc sur l’usine du futur. Notre objectif sera de faire  l’état de l’art des solutions disponibles à ce jour et des orientations à venir. La parution de ce livre blanc est prévue pour le mois de Janvier 2017 et vous donnera les clés de votre usine du futur.

Auteur : Philippe Bornert, AGILEA

L’industrie du futur, un levier de renouveau et de reconquête ?

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