La chaîne logistique globale, domaine en recomposition permanente. Quels facteurs de changement ? Quels impacts sur nos entreprises et la collaboration ? Quelles conséquences sur le rôle des Supply chain managers ? 

Dans le rapport final du « Global Commercial Initiative », il apparaît clairement qu’une collaboration étroite entre tous les acteurs de la chaîne de valeur sera essentielle afin de mieux répondre aux attentes des consommateurs.

Avant d’esquisser des scénarios pour la chaîne logistique du futur, il convient de connaître les facteurs et tendances qui, au cours des prochaines années, régiront le secteur.

Facteurs de changement externes

Au cours des dix prochaines années, les secteurs de la distribution et des biens de consommation connaîtront de profondes mutations liées à des facteurs externes… Sur lesquels les acteurs de la chaîne logistique n’auront que peu d’influence. Ces derniers devront toutefois évaluer l’impact de ces facteurs sur leur activité afin de mettre œuvre des solutions adaptées à ces changements.

Tendances économiques : nouveaux marchés et nouvel équilibre économique.

Le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine, l’Afrique et la Corée seront des marchés majeurs à prendre en considération ces prochaines années. Leur croissance sera beaucoup plus rapide que celles enregistrées en Amérique du Nord ou en Europe occidentale lors de leur phase de décollage économique. Ces pays devraient également connaître un rééquilibrage entre approvisionnements local et international.

Tendances écologiques :

respect de l’environnement et pénurie des ressources naturelles. Le respect de l’environnement jouera un rôle sans cesse croissant à l’avenir. A ce titre, les secteurs de la distribution et des biens de consommation devront prouver leur implication environnementale auprès des consommateurs.

Au lendemain de la Conférence de Bali, qui s’est déroulée en décembre 2007, les opérateurs économiques sont plus que jamais incités à mettre en œuvre des solutions respectueuses de l’environnement d’ici 2020. Au nombre des priorités figurent les économies d’énergie, des matières premières et des ressources précieuses telles que l’eau… Et ce dans un contexte de volatilité des cours et de réduction des réserves mondiales.

Tendances démographiques :

vieillissement et urbanisation. Les prochaines décennies seront marquées par de profondes mutations démographiques ; telles que le vieillissement de la population en Occident et l’augmentation de la population urbaine. Ainsi en 2020, 51,3% de la population mondiale habitera dans des villes.

Nouvelles tendances technologiques :

un accroissement des flux d’informations. La loi de Moore continuera à avoir un impact sur le développement exponentiel des nouvelles technologies. A titre d’exemple, la technologie d’identification par radiofréquence jouera à l’avenir un rôle sans cesse croissant.

Dans un tel contexte, l’adoption et l’utilisation de produits technologiques poursuivront leur progression… Tant à domicile que dans les magasins ou pour un usage nomade.

Tendances réglementaires :

nouvelles règles, nouvelles conformités. Le cadre réglementaire sera de plus en plus strict. Notamment en matière de respect de l’environnement ; du fait de la pression exercée par les consommateurs, du développement des politiques de responsabilité sociale des entreprises mais également des restrictions législatives à venir, tant au niveau local que national ou international.

Parallèlement, la réglementation du travail devra être assouplie (par exemple en mettant en place des horaires de travail plus flexibles). Ceci afin de permettre une utilisation optimale des infrastructures sans impact négatif sur l’environnement.

Facteurs de changement internes

Certaines évolutions intrinsèques au secteur façonneront la nouvelle chaîne de valeur ; en particulier en termes de comportement d’achat des consommateurs, de flux d’informations et de produits. A ce niveau spécifique, les acteurs de la chaîne logistique peuvent, du moins en partie, cerner les contours des mutations à venir.

Comportement des consommateurs : redéfinir la chaîne de valeur.

Plus que jamais, les consommateurs se montreront exigeants et influents. De fait, ils feront figure de partenaires dans la chaîne logistique du futur et, à ce titre, auront une influence décisive sur le développement et le réapprovisionnement des produits.

Sous leur impulsion, la multiplication des modes de commande et d’achat (par Internet, en magasin, à partir de leur téléphone mobile), mais aussi de livraison (magasins, distribution de proximité, livraison à domicile, etc.) ira en en augmentant.

Flux de produits : redéfinition des chaînes logistiques.

Les défis à venir nécessitent la mise en place de solutions nouvelles. En ville, la refonte des infrastructures de distribution permettra de réduire les engorgements liés au trafic et, de ce fait, d’accroître la qualité du service. Les prix de l’énergie et les réglementations gouvernementales (distribution en ville, etc.) auront également un impact significatif sur les modes de transport. Autant de nouveaux paramètres dont les acteurs de la chaîne logistique devront, à terme, tenir compte.

Flux d’informations : une transparence accrue pour une meilleure gestion de la complexité.

La chaîne logistique gagnera en complexité au cours des prochaines années. Dans un tel contexte, seul un environnement ouvert et collaboratif permettra d’adapter efficacement l’offre à la demande… Et, au bout du compte, d’anticiper les évolutions de la demande.

Ce travail collaboratif devra se concentrer sur des domaines d’intérêts communs sans pour autant affecter la compétitivité des entreprises concernées.

Ces facteurs externes et internes imposent donc des changements fondamentaux :

Une collaboration étroite sera essentielle.

Au cours des prochaines années, le management collaboratif constituera l’une des clés du succès pour relever les défis du secteur. Une tendance lourde qui, pour nombre d’entreprises, se traduira par la nécessité de repenser les domaines dans lesquels ils bénéficient d’avantages concurrentiels.

Ainsi, certains domaines d’activité, considérés aujourd’hui comme des facteurs de différenciation stratégiques (approvisionnement des centres villes, par exemple), devront s’ouvrir au travail collaboratif avec la concurrence. Cette nouvelle approche incitera les gouvernements à adapter la législation aux besoins réels du secteur.

Les managers de la chaîne logistique devront acquérir de nouvelles compétences.

Les défis du futur nécessiteront la mise en place de nouvelles méthodes et de nouveaux outils de travail… Et donc de nouvelles compétences en matière de gestion logistique.

Les managers de demain devront intégrer à leur vision et axer leur action non seulement sur l’efficacité opérationnelle, mais également sur l’innovation et la collaboration. Pour y parvenir, ils suivront des programmes de formation ; destinés à adapter leur savoir-faire, leur savoir-être et leur sens du management aux nouveaux critères. Et ils bénéficieront aussi de nouveaux outils de travail.

Ce tour d’horizon des tendances qui influeront les scénarios de la chaîne logistique du futur mettent en évidence les changements qui s’imposent.

dans ma prochaine vie... la chaîne logistique du futur

La nouvelle chaîne de valeur à l’horizon 2016

On propose de dresser une vision unique et complète de la chaîne de valeur globale des biens de consommation ; de la production à la distribution en passant par la manutention.

Cette vision s’articule autour des points suivants :

  • La réduction des délais d’approvisionnement entre production et distribution dans le cadre d’une chaîne de valeur globale ; permettant de sortir de la logique de silos non communicants.
  • Une redéfinition du schéma physique de la chaîne logistique ainsi qu’une amélioration des mécanismes ; permettant de synchroniser la production et la demande.
  • Un partage des informations en temps réel, flexible et normalisé tout au long de la chaîne de valeur ; à commencer par les données relatives à la demande des consommateurs.

Nouvelles  pratiques

Ces nouvelles pratiques reposent sur l’innovation de la chaîne logistique. Des exemples de pratiques de pointe déjà expérimentées permettent d’en illustrer les avantages attendus. Ainsi, l’application de ces nouvelles pratiques de pointe à des modèles de chaînes logistiques permettra d’identifier les opportunités d’amélioration.

Six domaines d’intervention sont proposés :

  • La logistique en magasin : visibilité des stocks en magasin, produits prêts à la vente et interaction avec les consommateurs.
  • La collaboration sur les flux physiques : partage du transport, des entrepôts et des infrastructures.
  • La logistique retour : recyclage des produits et des emballages ; biens récupérables.
  • La gestion de la fluctuation de la demande : planification, exécution et surveillance conjointes.
  • L’identification et l’étiquetage.
  • Le pilotage conjoint des activités.
cette fois... la chaîne logistique du futur

1.      Logistique en magasin

Ici, les solutions sont axées sur les améliorations à apporter en magasin, la valeur à offrir au consommateur et la réduction des coûts opérationnels. Ces solutions concernent aussi bien les produits en entrepôt qu’en rayon.

Premier exemple : la visibilité en magasin. Grâce à la technologie RFID, il est possible d’avoir un aperçu en temps réel des inventaires et d’être alerté en cas de réduction des stocks ou de vols de produits. Second exemple : les produits prêts à la vente. En arrivant en magasin, ceux-ci sont faciles à identifier, à ouvrir et à mettre en rayon.  Autant de facteurs qui contribuentà optimiser l’approvisionnement et la visibilité en magasin.

L’interaction avec le client se révèle tout aussi stratégique. Elle nécessite à ce titre un accès renforcé aux données des clients, tant pour le fabricant que le détaillant. Les informations obtenues sur les points de vente permettront de construire une «base de données», laquelle constituera un précieux outil pour la réalisation d’analyses et de rapports liés aux indicateurs clés de performance du fabricant et du détaillant.

Les informations présentées aux clients pourront reposer sur l’utilisation d’appareils mobiles (étiquetage électronique, paiement mobile, marketing mobile, etc.), de bornes d’information situées à l’intérieur des magasins et sur des diffusions ciblées. L’objectif final étant de stimuler l’acte d’achat.

2.      Collaboration sur les flux physiques

L’objectif de cette collaboration est de favoriser le partage des infrastructures (entrepôts de stockage, véhicules de transport, etc.) afin de limiter l’empreinte écologique et de consolider les flux pour améliorer l’utilisation des services et des biens. Cette collaboration peut se développer entre échelons équivalents ou différents de chaînes logistiques concurrentes, et aussi concerner les infrastructures existantes ou créées de manière collaborative.

 3.      Logistique retour

La logistique retour concerne les produits, matériaux, emballages et autres composants pouvant être recyclés, réutilisés ou réusinés. Les solutions existantes incluent notamment le transport de retour, le recyclage des produits ou la réutilisation et le recyclage des emballages.

La logistique retour implique la réutilisation des biens de la chaîne logistique qui ne sont pas directement liés au produit (palettes, bacs, etc.). Ainsi, à titre d’exemple, une solution d’étiquetage automatique des palettes pourra intégrer un «Flag Tag» qui lui permettra d’étiqueter l’ensemble des palettes avec un même type d’étiquettes, telle une puce RFID.

4.      Gestion de la fluctuation de la demande

La gestion de la fluctuation de la demande impose l’utilisation de nouveaux modèles visant à réguler la demande impulsée par les clients. Ces nouveaux modèles dépassent les approches collaboratives traditionnelles entre les détaillants et leurs fournisseurs.

Les solutions verticales incluent des calendriers de présentation/promotion et les capacités nécessaires pour se conformer aux présentations/promotions. Une autre solution consiste en une approche collaborative, destinée à anticiper conjointement l’offre et la demande en fonction de la visibilité en temps réel du flux physique de marchandises et du comportement de la clientèle (ventes). La collaboration peut également se faire sur le terrain de la surveillance, ce qui implique un accès en temps réel conjoint aux résultats des présentations et promotions, sur la base de systèmes sécurisés.

la chaîne logistique du futur

5.      Identification et étiquetage par utilisation de codes à barres et d’étiquettes d’identification par radiofréquence.

L’identification consiste à fournir à tous les partenaires de la chaîne de valeur la possibilité d’utiliser le même mécanisme standardisé pour identifier de manière univoque les parties/ emplacements, articles et événements, et d’appliquer des règles claires spécifiant où, comment, quand et par qui ce processus sera créé, utilisé et mis à jour.

Actuellement, les étiquettes constituent le moyen de communication avec les clients et les partenaires commerciaux le plus répandu pour tous les aspects pertinents relatifs à la sécurité et à la viabilité de certains produits.

6.      Pilotage conjoint des activités.

Cette solution consiste en un ensemble d’outils de mesures adaptés au secteur qui se répartissent en deux catégories principales ; des outils qualitatifs destinés à évaluer l’ampleur de la collaboration entre les partenaires commerciaux (fournisseur, fournisseur de services et détaillant) et des outils quantitatifs sous forme d’indicateurs permettant de mesurer l’impact de la collaboration.

Auteur ; Philippe Bornert

La Chaîne logistique du futur

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