Le jeu fait parti de nos vies. Une tendance commence à se dégager également avec l’entrée des jeux dans les entreprises. Essayons de consacrer quelques minutes aux différents aspects du jeu et de ses vertus.

Multiplication des parcs à thème, invasion des jeux vidéo, foisonnement des jeux télévisés, explosion des groupes de jeux de rôle grandeur nature, prolifération des trottinettes et rollers… Depuis une dizaine d’années, le jeu semble étendre son territoire hors des magasins de jouets et des chambres d’enfants pour s’introduire dans le monde si sérieux des adultes. La « civilisation des loisirs »  serait-elle responsable de cette inéluctable déferlante ? Les « grandes personnes » sombreraient-elles dans une douce régression vers les comportements infantiles normalement réservés à la prime jeunesse ?

  • Recréer la réalité

Jeu pédagogique

Eh bien non ! « La preuve, c’est que les gens qui considèrent leur métier comme un jeu réussissent mieux que ceux qui s’enferment dans un travail routinier, explique Lenore Terr, professeur de psychiatrie à l’université de Californie. Les joueurs ont l’air plus heureux, arrivent à mieux se concentrer et sont plus productifs que les autres. » Exactement l’inverse des croyances « anti-jeu », datant des premières sirènes d’usines qui ont transformé les fils de paysans en ouvriers. En effet, depuis l’avènement du monde industrialisé, jouer ne rime pas avec « rentabilité », mais avec « oisiveté ». Un état que l’on pardonne bien volontiers aux enfants, mais pas aux adultes. A tel point que, en 1899, le sociologue Thorstein Veblen écrit “La Classe des loisirs”, qui dénonce les divertissements « improductifs » pour la société ! Les jeux de hasard sont – tout juste – tolérés, les profits n’étant pas liés à la sacro-sainte notion de travail.

  • Jouer n’est pas régresser

« Les personnes imprégnées du modèle social de l’ère industrielle se doivent d’être tristes pour avoir l’air sérieux, expliquait lors d’une conférence en 2013, le formateur en entreprise et spécialiste de la créativité Hubert Jaoui. Pour eux, être adulte, c’est ne pas sourire, ne pas jouer, ne pas pleurer, ne pas éprouver d’émotions, ne pas mélanger principe de plaisir avec principe de réalité. Finalement, ces “réalistes-rationalistes” sont des déprimés : ils ont tendance à prendre les choses de façon passive et fataliste. A l’inverse, les créatifs, qui s’amusent et sourient, savent que la réalité est flexible. Ils ont donc du plaisir à jouer avec elle pour, sans cesse, la recréer. Si on prend l’existence trop au sérieux, on se prive du pouvoir de la modifier. »

jeu péadagogique

Cela signifierait-il que jouer, loin d’être une régression ou de l’infantilisme, se révèle une fonction naturelle ? « C’est même un besoin fondamental pour la santé mentale et la créativité, poursuit Hubert Jaoui. Si on ne joue pas, l’esprit se mécanise, les émotions s’assèchent. Or, le jeu est une véritable source d’énergie, pleine, par essence, d’émotions positives. Voilà pourquoi les stages de comico-thérapie, de clown-thérapie et de créativité, où l’on joue beaucoup, ont tant de succès aux Etats-Unis. »

Selon les psychologues, le jeu, chez les enfants, est capital pour l’affirmation de soi, car c’est un moyen de structuration de la personnalité, d’apprentissage de la vie, de découverte des autres, de développement des facultés d’imagination, de logique, d’adresse physique. Le plaisir rend facile ce qui est difficile. Mais pour les adultes ? D’après Lenore Terr, l’élément psychologique fondamental est que le jeu permet de s’oublier soi-même. Et seul l’oubli de soi, associé au plaisir – qui, on le sait, est la voie royale de l’apprentissage – permet de se dépasser et d’être créatif. Voilà la grande différence entre les enfants et les grandes personnes : les premiers, en effet, jouent pour se découvrir et se structurer ; les seconds, pour s’oublier et se dépasser.

  • Un cadre extraordinaire

Individuel ou collectif, le jeu, par essence échappe aux normes de la vie sociale ordinaire. Il permet aux adultes de sortir de leur quotidien pour s’immerger momentanément et totalement dans un cadre fabuleux. Une évasion d’autant plus impérieuse que la société sera rigide et pesante. Voilà qui explique le succès actuel des jeux de rôle à taille humaine ou des interminables parties de « paintball » – des grands y jouent à de gentilles guéguerres en se pourchassant pendant des heures, armés de fusils en plastique munis de billes de peinture…

  • La part des émotions

« Quelle est la différence entre un père et son petit garçon ? » Réponse : « Le prix de ses jouets ! » Une boutade révélatrice d’un homme « infantile par nature », une image qu’ont parfois les femmes. « Il est vrai que certains pères ont plus tendance à jouer avec leurs enfants que les mères, mais ce n’est pas une généralité, dit Hubert Jaoui. En jouant, ils s’autorisent à exprimer leurs émotions, alors que les femmes le font plus naturellement. En outre, cela leur permet de prendre contact avec l’enfant qui sommeille en eux. »

Cette notion d’« enfant intérieur » est, depuis quelques années, au centre de certaines techniques de développement personnel. Selon les thérapeutes, il représente cette partie de nous qui est sensible, vulnérable, régie par les émotions. C’est ce que nous sommes à la naissance, notre noyau, notre personnalité naturelle riche de tous nos talents, de notre intuition et, surtout, de notre imagination. Etre à l’écoute de l’enfant qui n’a jamais cessé d’exister en nous peut même être une nécessité vitale : « En cas de conflit ou de crise personnelle, dans les moments où l’on est malheureux ou désemparé, avoir pris l’habitude de jouer, donc d’être en contact avec son enfant intérieur, permet de retrouver plus facilement son équilibre émotionnel, explique la thérapeute américaine Margaret Paul. Lui seul est capable d’utiliser naturellement ses facultés d’intuition et de spontanéité pour trouver les bonnes solutions lorsque l’adulte est enfermé dans son mental, ses peurs et ses a priori. »

Non seulement jouer permet d’être plus créatif, plus heureux et plus performant, mais empêche aussi… de vieillir ! Ainsi, « chaque personne vieillit selon l’image qu’elle se crée elle-même du vieillissement, explique le psychologue Guido. C’est ce que l’on appelle une “croyance limitante”. Ceux qui restent jeunes sont ceux qui gardent l’aptitude à jouer. Dès que l’on cesse d’avoir du plaisir à jouer, on vieillit… ».

  • Jouer, un jeu d’adultes

Gabriel Balbo psychanalyste, directeur de publication du “Journal français de psychiatrie” et coauteur, avec Jean Bergès, de “L’Enfant et la Psychanalyse” (Masson, 2000) explique l’historique du jeu.

« Courses de chars, compétitions sportives, théâtre chez les Grecs et les Romains, jeux de voix chez les Esquimaux ou cerf-volant chez les Chinois : on oublie trop souvent que, tout au long de l’histoire de l’humanité, jouer a été considéré comme une activité si sérieuse qu’elle était réservée aux adultes !

Avant la fin du XIXe siècle, époque à laquelle l’industrie du jouet commence à se développer, le terme même de “jouet” désignait, en France, les bijoux ou les animaux de compagnie qui servaient à amuser les adultes. Et, aussi loin que l’on remonte, les enfants ont eu très peu de jouets – les mêmes partout dans le monde : balle, poupée de chiffon, osselets, marelle, etc. Les historiens qui ont étudié l’évolution du jeu affirment que l’esprit ludique est l’un des ressorts principaux, pour les sociétés, des plus hautes manifestations de leur culture ; et pour les individus, de leur progrès intellectuel. »

Jeu : Quatre fonctions psychologiques

 

jeu dés

Il existe une telle diversité de jeux que le philosophe et essayiste Roger Caillois, les a classés en quatre catégories. Elles répondent chacune à une fonction psychologique dominante :

 

    • Agôn, la « compétition » (courses, luttes, billard, football, échecs, jeux vidéo interactifs, etc.). Ces jeux permettent d’exprimer ses ressources personnelles dans un environnement où tout le monde part à égalité, ce qui n’est pas le cas dans la vie réelle. Bénéfices psychologiques : dépassement de soi et, en cas de victoire, valorisation personnelle.
    • Alea, le « hasard » (roulettes, dés, loteries, certains jeux de carte). Les jeux de hasard sont projectifs : ils permettent de rêver, car ils font mettre en scène la possibilité de devenir riche tout en faisant l’économie du travail. Ils obligent également à lâcher prise, puisqu’il faut accepter l’idée de tout perdre sur un simple jet de dés. Enfin, ils abolissent les inégalités sociales, car les chances sont les mêmes pour tous.
    • Mimicry,  le « simulacre » (carnaval, masques, déguisement, jeux de rôle grandeur nature, théâtre, jeux vidéo d’aventure). Paradoxalement, se déguiser et se dépouiller temporairement de sa personnalité pour en adopter une autre permet de libérer sa véritable personnalité.
    • llinx, le « vertige » (manèges de fêtes foraines, ski, voltige, rollers). Ces jeux, dont certains se déroulent en compétitions, provoquent un trouble physiologique, une sorte de transe qui efface la réalité. Associée à une certaine jouissance physique, cette transe permet d’entrer en contact avec d’autres dimensions de sa personnalité.

Jouer, prendre du plaisir sont des éléments facilitateurs de l’apprentissage. L’avantage premier réside dans le fait de désinhiber les apprenants et de mettre tout le monde sur un pied d’égalité. Fort de ces principes, AGILEA a développé de nombreux jeux pédagogiques. Force est de constater que nos jeux permettent à nos participants de mieux appréhender les concepts et principes parfois « arides » que nous partageons avec eux.

 

Auteur : Philippe Bornert, AGILEA

Jouer pour mieux réussir !

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